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Suite au désistement de Moscou, Montréal obtient l’Exposition universelle de 1967


Par Mario Robert, Chef de la Section des archives, Ville de Montréal

À la demande des Soviétiques, le BIE reporte le vote au 5 mai. La délégation canadienne revient bredouille.

Exposition universelle et internationale de Bruxelles, le 25 août 1958.

Lors de la journée consacrée au Canada, le sénateur Mark Drouin propose la tenue d’une exposition universelle à Montréal pour souligner le centenaire du Canada en 1967. Le maire de Montréal, Sarto Fournier, accueille l’idée avec enthousiasme. Le 2 septembre de la même année, le conseil de ville vote une résolution pour remercier le sénateur Drouin et demande au comité exécutif « de faire, s’il y a lieu, auprès du Gouvernement fédéral les démarches nécessaires à cette fin ».

Le Comité, lors de sa séance du 8 septembre 1958, prie « Son honneur le maire de poursuivre les démarches qu’il a déjà faites ». Pendant les deux années qui suivent, l’administration municipale réussit à convaincre le milieu des affaires et le gouvernement du Québec, dirigé par l’Union nationale.

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Lettre du premier ministre du Canada, John Diefenbaker, à Joseph-Marie Savignac, président du Comité exécutif de la Cité de Montréal, au sujet de la tenue de l’exposition universelle de 1967 à Montréal, 17 février 1960. Crédit photo : Archives de la Ville de Montréal

Le gouvernement canadien du premier ministre conservateur John Diefenbaker accorde son soutien en février 1960. Les trois paliers gouvernementaux s’entendent alors sur une répartition des coûts. Le gouvernement du Canada promet vingt millions de dollars, le gouvernement du Québec, 15 millions, et la Ville de Montréal, 5 millions.

Le 8 mars 1960, le gouvernement canadien présente la candidature de Montréal au Bureau international des expositions (BIE). Les deux autres pays en liste sont l’Autriche et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

La délégation canadienne se compose de Robert Campbell-Smith, conseiller commercial à l’ambassade canadienne; James-A. Robert, sous-ministre; Glen Bannerman, directeur de la commission des expositions du gouvernement canadien; Paul Beaulieu, ministre du Commerce de la province de Québec; Robert Letendre, directeur des Festivals de Montréal; Sarto Fournier, maire de Montréal; et Murray Hayes, vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal. À la demande des Soviétiques, le BIE reporte le vote au 5 mai. La délégation canadienne revient bredouille.

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Montréal, vers 1958. Crédit photo : Archives de la Ville de Montréal

Une nouvelle délégation reprend la route pour Paris le 1er mai 1960. Elle se compose de William Hamilton, ministre des Postes et chef de la délégation; Pierre Sévigny, ministre associé à la Défense; Paul Beaulieu, ministre du Commerce de la province de Québec; Robert Letendre, directeur des Festivals de Montréal; Robert Campbell-Smith et Glen Bannerman; de même que le maire Sarto Fournier, dont le voyage est défrayé par un groupe d’hommes d’affaires montréalais. L’Autriche se désiste laissant seuls le Canada et l’URSS – qui doit célébrer le 50e anniversaire de la Révolution russe en 1967 – en compétition.

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Le maire Sarto Fournier reçoit un dignitaire de la ville de Moscou au salon de la mairie de l’hôtel de ville de Montréal, 29 juin 1960. Crédit photo : Jean-Paul Gill, Archives de la Ville de Montréal

Le 5 mai, la ville de Moscou l’emporte par 16 voix contre 14 au cinquième tour de scrutin. Selon le journal La Presse du même jour, Moscou gagne le premier tour par 17 voix contre 13 et le second par 16 voix contre 14 tandis que les troisième et quatrième tours se soldent par une égalité de 15-15. Selon le mode de scrutin du BIE, le gagnant doit obtenir deux tiers des votes lors des deux premiers tours alors que les suivants sont à majorité simple. Dans La Presse du 13 mai, le maire Fournier est d’avis qu’il « restera sans doute impossible de savoir quel pays, au dernier tour a décidé de donner son adhésion à la cause russe. »  Le 24 octobre de la même année, aux élections municipales, Sarto Fournier est défait et Jean Drapeau redevient maire de Montréal.

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Le maire Jean Drapeau lors de la réunion du Bureau international des expositions (BIE) tenue à Paris, 13 novembre 1962. Crédit photo : Archives de la Ville de Montréal

En avril 1962, Moscou se désiste et le Bureau international des expositions décide à l’unanimité, le 11 mai, de réserver l’exposition universelle pour Montréal jusqu’au 13 novembre. Le maire Drapeau obtient rapidement l’accord du gouvernement du premier ministre québécois Jean Lesage. Bien que prudent, le gouvernement Diefenbaker donne son appui le 10 septembre 1962 par la voix du ministre associé de la Défense nationale, Pierre Sévigny. Ce dernier prend la tête de la délégation canadienne lors de la réunion du BIE qui se tient le 13 novembre. Montréal obtient finalement l’exposition de 1967.

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