Comment atteindre un délai impossible? Demandez au Colonel Churchill!


Par Carmen Desmeules

Le Colonel Edward Churchill, directeur de l’aménagement d’Expo 67 s’effondre en plein milieu d’un délai impossible, victime d’une crise cardiaque. Sur son lit à l’hôpital, il téléphone et donne des consignes, sinon des ordres, à son personnel…

Crédit photo : Archives de Glen Churchill

La collègue du Colonel, Diana Nicholson, le décrit ainsi : « Le colonel Churchill a subi deux crises cardiaques pendant la période de planification. Il a fait venir une petite maquette d’Expo dans sa chambre à l’hôpital. Il ne cessait de téléphoner à des gens, de négocier avec des constructeurs, etc. Ah… Ça, c’était le colonel! Il n’arrêtait jamais. Et avait beaucoup de tempérament… Il explosait souvent…»

Roger D. Landry, directeur-adjoint des relations publiques ajoute :

«Le Colonel Churchill a bâti Expo 67. C’était un leader d’hommes».

Vieil ami et collaborateur du commissaire d’Expo Robert F. Shaw, Churchill est entré en fonction pour en 1963. Il était un officier retraité des Forces armées canadiennes, et occupait un poste confortable au gouvernement canadien au moment où il est entré au service d’Expo 67.

Ingénieur rigoureux, il a installé le «cheminement critique» dans la construction des îles et des pavillons.

Du genre qui n’entendait pas à rire, il avait aidé le général Sir Bernard Montgomery à construire des terrains d’aviation pendant la Seconde guerre mondiale. Il avait construit la DEW Line, une séries de stations radar de l’Alaska à l’Islande qui pourrait détecter l’arrivée de missiles soviétiques pendant la guerre froide.

Le PERT (Program Evaluation and Review Technique), aussi connu sous le vocable de cheminement critique, utilisait une nouvelle machine appelée ordinateur, et consistait à intégrer toutes les facettes d’une opération. À l’aide d’ordinateurs, il pouvait déterminer jusqu’à quel point chaque aspect de la construction était en avance ou en retard. En tant que maître d’œuvre, il usa de stratégies brutales pour menacer les entrepreneurs qui ne respectaient pas les échéances.

Le cheminement critique était la devise de Churchill. Cette méthode a été utilisée pour la gestion de projet à la fin des années 50 par la marine américaine pour la construction de l’ogive nucléaire Polaris, qui avait fait appel à 250 fournisseurs et plus de 9000 sous-traitants.

C’est donc la méthode qu’il impose à l’équipe de bâtisseurs d’Expo 67. «The Power of the deadline».

Crédit photo : Bibliothèque et Archives Canada et Archives de Glen Churchill

« C’était tout un gars! » Philippe de Gaspé Beaubien témoigne. «Un des grands avantages que j’ai eus dans ma vie, c’est le «critical path». Le cheminement critique, que j’ai pris tout de suite de Churchill. Je n’ai rien fait à l’Expo sans avoir un gars attitré à mon service pour faire le cheminement critique. Les spectacles, cheminement critique. Les hôtesses, cheminement critique. Les restaurants, cheminement critique. Dans tout ce que j’ai fait. Et je m’en sers encore aujourd’hui. C’est une discipline qui m’a beaucoup aidé et qui est venue du département de la construction et de l’engineering ».

Le colonel Churchill aura son congé de l’hôpital et veillera à terminer l’immense tâche qu’il avait acceptée, et ce, grâce au cheminement critique et malgré l’incident de parcours que son cœur a rencontré!

Source : Entrevues avec Philippe de Gaspé Beaubien, Diana Nicholson et Roger D. Landry (2016); Fonds d’Expo 67, Bibliothèque et Archives Canada.


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